Le président Trump nomme Kevin Warsh comme prochain président de la Réserve fédérale
Dans une décision déterminante pour l’avenir de la politique monétaire américaine, le président Donald Trump a annoncé vendredi son intention de nommer Kevin Warsh comme prochain président de la Réserve fédérale. Warsh, ancien gouverneur de la Fed âgé de 55 ans, s’apprête à apporter à la fois son expérience et une réputation de politique restrictive au plus haut poste de la banque centrale. Cette annonce a immédiatement provoqué des remous sur les marchés financiers, les investisseurs anticipant les conséquences du leadership de Warsh pour l’économie à une époque d’inflation persistante, de mutations sur le marché du travail, et d’investissements record dans le secteur technologique.
Le dollar américain s’est fortement apprécié en réaction à la nouvelle, bondissant de 0,8 % vendredi, signe de la confiance des investisseurs dans les compétences de Warsh et sa volonté perçue de contenir l’inflation. Toutefois, les marchés actions ont réagi prudemment. Le Nasdaq a terminé la séance en baisse d’environ 1 %, tandis que le S&P 500 a perdu 0,4 %, soulignant les inquiétudes du marché face à la perspective de conditions monétaires plus strictes.
Parcours et approche politique de Kevin Warsh
La nomination de Warsh ne surprend guère les observateurs de la banque centrale. Il a déjà siégé au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale de 2006 à 2011, partant après que la Fed eut lancé une politique d’assouplissement quantitatif agressive pour répondre à la crise financière de 2008. Durant son mandat, Warsh s’est fait connaître pour sa position ferme — privilégiant des politiques restrictives afin de contrer les risques d’inflation, plutôt que de mettre en avant des mesures de relance ou des politiques monétaires accommodantes. Ce parcours le distingue alors que la Réserve fédérale doit répondre à des questions persistantes sur sa stratégie face à une inflation tenace et à un possible ralentissement économique.
Si Warsh est confirmé par le Sénat, il hériterait d’une Réserve fédérale profondément divisée sur la voie à suivre concernant les taux d’intérêt. Les dernières réunions de politique monétaire ont vu croître la dissidence, plusieurs responsables votant contre les déclarations de politique adoptées. Les analystes notent que si le parcours de Warsh est solide — les économistes de la Deutsche Bank évoquent « sa solide expérience » et « ses antécédents proches de ceux du président Powell » — son style de leadership pourrait annoncer un virage vers des mesures anti-inflationnistes plus agressives.
Des obstacles politiques attendus lors de la confirmation par le Sénat
Le processus de nomination devrait rencontrer des vents contraires au Sénat, principalement en raison de l’impasse politique et des controverses entourant l’actuel président de la Fed, Jerome Powell. Le sénateur républicain Thom Tillis de Caroline du Nord a publiquement déclaré qu’il bloquerait la confirmation de Warsh tant que le ministère de la Justice n’aura pas conclu son enquête visant Powell. Ce jeu politique pourrait ralentir la transition, prolongeant ainsi une période d’incertitude alors que la situation économique américaine est en suspens.
Le marché de l’emploi sous les projecteurs : attentes autour du rapport sur l’emploi de janvier
Au milieu des changements à la tête de la Fed, investisseurs et décideurs scrutent le prochain rapport sur l’emploi de janvier. Les économistes prévoient que l’économie américaine a créé environ 65 000 emplois le mois dernier, avec un taux de chômage attendu stable à 4,4 %. Ce rapport sera déterminant pour orienter les décisions de la Réserve fédérale.
Les dernières données sur l’emploi nourrissent les inquiétudes. Les créations de postes en décembre n’étaient que de 50 000 — bien en dessous des prévisions consensuelles — malgré une légère baisse du taux de chômage. Pour rappel, 2025 a connu un net ralentissement de la création d’emplois, avec seulement 584 000 postes ajoutés durant l’année, contre 2 millions en 2024 selon le Bureau of Labor Statistics.
Les responsables de la Réserve fédérale ont évoqué ces tendances pour justifier le maintien des taux inchangés lors de leur dernière réunion. Malgré le ralentissement du marché du travail, l’inflation demeure une préoccupation majeure pour les banquiers centraux, ce qui complexifie davantage leur équation. Au-delà de l’emploi, d’autres indicateurs — dont la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan et l’activité dans les secteurs manufacturier et des services — offriront des indices supplémentaires sur la santé économique réelle des États-Unis.
Résultats des géants de la tech : l’investissement dans l’IA sous les projecteurs
Si la Réserve fédérale occupe le devant de la scène macroéconomique, Wall Street s’apprête à vivre une semaine charnière avec les publications trimestrielles de grandes entreprises technologiques et de santé. Alphabet (Google) et Amazon publieront leurs résultats respectivement mercredi et jeudi. Les deux sociétés devraient, selon toute attente, relever leurs prévisions de dépenses d’investissement, en mettant particulièrement l’accent sur l’intelligence artificielle (IA).
L’accélération des investissements dans l’IA s’inscrit dans une tendance plus large observée chez les géants de la tech. Meta (maison mère de Facebook) a bondi de 8,8 % la semaine dernière après avoir annoncé des objectifs de dépenses encore plus élevés. À l’inverse, Microsoft a trébuché, perdant 7,6 % après avoir présenté lors de la publication de ses résultats du quatrième trimestre une forte augmentation de ses dépenses liées à l’IA. Ces développements traduisent une course acharnée parmi les géants technologiques pour dominer les technologies de prochaine génération, alimentant à la fois l’enthousiasme et l’inquiétude des investisseurs.
Plusieurs autres entreprises spécialisées dans les technologies et l’IA s’apprêtent à publier leurs résultats, dont Advanced Micro Devices (AMD), Palantir, et le fabricant de semi-conducteurs Arm Holdings. Les ventes de puces pour centres de données, en particulier, sont devenues un axe clé pour les analystes qui surveillent l’intersection entre l’informatique en nuage et la croissance des infrastructures d’IA.
Tous les segments technologiques ne partagent toutefois pas cet engouement. L’industrie du logiciel a subi une forte pression vendeuse récemment, les mises à jour décevantes de SAP et ServiceNow ayant soulevé des inquiétudes quant au recul des éditeurs traditionnels face à des acteurs innovants de l’IA.
Disney, pharmaceutique, et aperçu plus large des résultats
En dehors de la sphère technologique, les résultats des secteurs du divertissement et de la santé clôtureront une semaine bien remplie en publications d’entreprises. Tous les regards sont tournés vers Disney, qui publie lundi ses résultats, les analystes souhaitant examiner de près la performance de son activité de streaming direct au consommateur. Au précédent trimestre, le chiffre d’affaires streaming de Disney a progressé de 8 %, mais le nombre d’abonnements est resté en deçà des attentes — alimentant le débat sur la viabilité des guerres du streaming.
Plusieurs grands groupes pharmaceutiques sont également attendus. Les principaux moteurs du marché seront les annonces d’Eli Lilly, Novo Nordisk, Merck, Amgen, AbbVie et Novartis. Leurs résultats pourraient relancer les discussions sur le prix des médicaments, la productivité de la R&D et la résilience du secteur de la santé face à l’évolution de la réglementation.
Turbulences sur les marchés des matières premières : l’or, l’argent et le pétrole à la une
Au-delà des actions, la semaine s’est terminée par de forts mouvements sur les marchés des matières premières. L’or a chuté de plus de 9 % vendredi, tandis que l’argent et le platine ont affiché des pertes de 28 % et 19 % respectivement. Les analystes de marché ont qualifié cette correction d’étape normale après la hausse précédente des métaux précieux et le repositionnement des investisseurs face à la remontée des taux d’intérêt réels.
Parallèlement, les prix du pétrole ont grimpé d’environ 7 % sur cinq séances, portés par la montée des tensions géopolitiques. Avec la menace d’un possible engagement militaire américain en Iran — faisant craindre une perturbation du passage stratégique du détroit d’Ormuz — les marchés de l’énergie se préparent à une volatilité accrue et à une nouvelle pression haussière sur les coûts pour l’économie mondiale.
Inflation, politique monétaire et perspectives à venir
Pris dans leur ensemble, les changements à la tête de la Réserve fédérale interviennent à un moment critique pour l’économie américaine. La nomination de Warsh laisse entrevoir un possible retour à des mesures anti-inflationnistes plus strictes — en particulier alors que la dynamique du marché de l’emploi se modère et que les marchés financiers oscillent entre euphorie autour de l’IA et inquiétude sur des valorisations élevées. Investisseurs et analystes examinent attentivement tant les résultats d’entreprises que les publications macroéconomiques pour y détecter signes de croissance durable ou de nouvelle fragilité.
Et pour compliquer davantage la situation, la Réserve fédérale est traversée par des désaccords internes. Les divergences de politique se creusent entre les responsables de la Fed, tandis que le président en exercice fait l’objet d’une enquête pénale — de quoi éroder la crédibilité et l’agilité de la banque centrale. La confirmation de Warsh aurait donc des répercussions non seulement sur la politique monétaire, mais aussi sur la confiance à rétablir au sein du système financier lui-même.
Pendant ce temps, le dynamisme inébranlable de l’Amérique d’entreprise autour de l’IA — couplé aux questions persistantes sur la santé de l’emploi et la volatilité des matières premières — montre à quel point l’environnement économique s’est complexifié. Chacune de ces évolutions influencera la confiance des investisseurs, l’orientation des politiques et, en définitive, la trajectoire de la croissance américaine pour la suite de 2026 et au-delà.
Conclusion : un carrefour pour les marchés et la politique américains
En résumé, les actualités de cette semaine illustrent en miniature les grandes forces macroéconomiques à l’œuvre : un bouleversement à venir à la tête de la Réserve fédérale, des interrogations persistantes sur l’emploi et l’inflation, des paris audacieux sur l’intelligence artificielle, et des mouvements brutaux sur les matières premières de base. Quelle que soit la direction prise par les décideurs et les marchés, les répercussions iront bien au-delà de Wall Street, façonnant la dynamique future de l’économie américaine et mondiale pour les mois et années à venir.

